L’émotion textuelle dans la production traductive. Etude traductologique du recueil de poèmes Obscurités aux aguets de Charbel Dagher

Ahmed Rania
Université de Helwan, Le Caire
(Egypte)

Résumé

Cette recherche se propose de répondre à une problématique constituant la polémique de la traduction littéraire : L’Autre est-il Autre à découvrir dans sa spécifité ? ou bien s’agit-il de le faire passer par le moule de la langue d’arrivée?

Notre étude se chargera de répondre à ces questionnements en vue de définir le sens de fidélité de l’acte de la traduction. Le traducteur en se pliant aux exigences d’une langue, il est fidèle à cette langue. Lorsqu’il cherche à plaire au lecteur, il est fidèle à la langue d’arrivée. Lorsqu‘il cherche à reproduire le sens initial et à restituer le message initial, il est fidèle au texte original. La question de la fidélité dépend donc de la position de l’angle d’approche et du point de vue de l’observateur, qui est dans ce cas le traducteur. La présente étude propose une réflexion sur la pratique de la traduction de la poésie en vue d’une exploration de diverses stratégies de codage et de décodage du texte poétique. Naoum Abi-Rached[1], traducteur de l’œuvre poétique de Charbel Dagher[2] Obscurité aux aguets[3]_ sujet de notre recherche_, pense que l’activité traductive trouve sa meilleure expression dans « l’émotion textuelle », qui est, selon lui, un concept efficient dans toutes les étapes de la production traductive. Selon ce concept, reproduire la figuralité du poète (hypotypose, hypallage, hyperbate,..etc) ne garantit pas une interaction entre le lecteur francophone et l’œuvre qui ressemble à celle ressentie par le lecteur arabophone. Le traducteur devrait donc régénérer l’effet de sens, plutôt que rechercher à reproduire les figures tropiques du texte poétique original, ce qui occulte son essence poétique. Notre étude tient à explorer les stratégies auxquelles a opté le traducteur Abi-Rached dans sa présentation de Charbel Dagher, ce passeur entre les signes et les cultures et poète de l’altérité, dans son recueil de poèmes Obscurités aux aguets ou عتمات متربصة

[1] Professeur des universités au département d’études arabes de l’Université de Strasbourg, spécialiste de  

   littérature arabe moderne et contemporaine et de traduction.

[2] Poète libanais, docteur ès lettres (Sorbonne nouvelle), Professeur de l’université de Balamand,   

   traducteur de Rimbaud et de Rilke en arabe. Il est traduit en plusieurs langues et sa poésie est à la fois

   source d’inspiration pour des artistes plasticiens et objet d’études académiques.

[3] Charbel Dagher, Obscurités aux aguets, poèmes traduits de l’arabe par  Naoum Abi-Rached,

   L’Harmattan, 2004.

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