Les valeurs invisibles des poèmes. Traduction de la poésie tchèque en français

Lenka Froulikova
Université de Lorraine
(FRANCE)

Résumé

Un poème naît comme une unité naturelle de thèmes et de motifs (de « contenu ») et de forme. Tout ce qui est essentiel reste codé dans les couches culturelles profondes qui sont connues du poète et du lecteur, s’ils ont la même culture et la même langue. Car la poésie est toujours un acte double : le poète redéfinit le monde et l’homme par son écriture en utilisant divers procédés, et le lecteur participe à l’œuvre par sa lecture, sa réflexion, en s’identifiant ou non à celle-ci.

Le poète est comme un saltimbanque qui ne peut attirer son spectateur que par l’authenticité de son art et l’imprévisibilité de son spectacle. Celui-ci reste toujours ouvert, car la richesse naturelle de la vie exclut la possibilité d’en saisir tous les aspects et les détails.

Le lecteur lit la poésie, parce que c’est une opportunité de saisir et de comprendre la vie, ou il en ressent le besoin parce que la vie lui apporte un excès de joie ou de tristesse et qu’il veut comprendre ses propres idées et ses émotions, dramatisées ou allégées à travers les poèmes.

Comment traduire la poésie, si le poète et le lecteur appartiennent à des cultures et à des langues différentes ? Comment garder l’équilibre des deux composantes essentielles de chaque poème ? Comment décrypter le poème et comment en dévoiler les nuances qui sont fondées sur ce qu’on appelle la civilisation ou la culture ?

Toute traduction devrait commencer par une étude de l’ensemble de l’œuvre   poétique de l’auteur et par une analyse approfondie du poème à traduire. Bien que nécessairement subjectives, toute lecture et toute interprétation du poème doivent s’appuyer sur une observation détaillée des moyens porteurs de contenu. La forme élaborée par l’auteur se prête plus facilement à une analyse scientifique (« technique ») qui doit prendre en compte la construction des strophes et des vers, la présence ou non des rimes et le rythme.

Ce n’est qu’après cette analyse approfondie que l’on peut choisir les équivalents appropriés à toutes les composantes du poème – le contenu, la forme et les aspects renvoyant à la culture originelle – pour la traduction, en respectant l’auteur et le lecteur étranger, bien que certaines libertés soient inévitables dans toute traduction de la poésie.

Comment marier la poésie tchèque et en langue tchèque (langue slave, flexionnelle, avec l’accent tonique sur la première syllabe) avec la langue française (langue romane, isolante, avec l’accent tonique sur la dernière syllabe) ? Comment transférer certains signes qui renvoient aux référents culturels propres à la civilisation tchèque pour qu’ils soient compréhensibles par le lecteur de culture française ou francophone ?

Dans ma contribution, j’essayerai de répertorier notamment des procédés qui permettent de traduire des références culturelles, en m’appuyant sur ma traduction de la poésie de Bohuslav Reynek (poète tchèque de Bohême) et celle de Jan Skácel (poète tchèque de Moravie) en français.